Les élections municipales et cantonales de mars prochain seront comme l’a désiré le Chef de l’Etat un premier test électoral de l’action de la majorité et de son chef.
Après 10 mois de pouvoir, il sera en effet temps de faire le bilan d’une politique marquée par le renoncement des promesses faites sur le pouvoir d’achat ou sur le service minimum. Par le
creusement des déficits, une diplomatie de boutiquier, la mise à mal du service public de la justice. Sans oublier les cadeaux fiscaux destinés aux plus privilégiés, dont les amis du nouveau
pouvoir et un affaiblissement de la croissance, qui en 2008, sera plus proche des 1.5 % que des 2 annoncés.
Le tout proclamé, depuis mai 2007, sur le ton d'une campagne permanente, où il suffit, croit-on, de parler fort pour avoir raison, de zapper les sujets de mécontentements pour les faire oublier,
ou bien encore, de s’exposer à la manière d’un prince de gazette pour évoquer la rupture avec le cérémonial d’une fonction présidentielle qui nécessite avant tout de la hauteur.
En compensation de cela, les Français auront eu droit aux faux espoirs de voir reconnaître leurs efforts au travail sur leur feuille de paye, à la mise en place de la franchise médicale, de la
remise en cause des 35 heures et de la laïcité, qui protège l’Etat et les individus, au reniement par la diplomatie française de sa vocation universelle de défense des droits de l’Homme, par une
politique qui préfère flatter les puissants et mépriser les faibles. Ou bien encore, par une politique d’identité nationale, mêlant tests ADN et reconduite chiffrée aux frontières, rappelant dans
l’esprit, aux anciens, des heures tristement sombres. Ainsi qu’une rupture en matière d’institution, qui fait que le « gouvernement du peuple » a laissé la place aux « peoples au
gouvernement ».
Il est donc vrai que le bilan de 2007 suffirait largement, aux Français, de prétexte pour sanctionner sévèrement le Chef de l’Etat, lors des élections de mars.
Mais, il ne faut pas sous-estimer les effets que pourrait avoir le net infléchissement de la politique de la majorité en matière économique, au moment où la France devra prendre la présidence de
l’Union européenne, vers une rigueur budgétaire, déjà partiellement annoncée par un collectif budgétaire au mois de juin prochain, afin de compenser la dégradation d’une situation extrêmement
délicate.
Mais aussi, la politique sociale du gouvernement, visant à libéraliser le marché du travail, à la demande du MEDEF. Les récentes négociations ont déjà eu pour but d’accroître la flexibilité des
contrats de travail. La suite, voulue par le Chef de l’Etat, est de privilégier, en matière de dialogue social, les accords d’entreprise et même les accords directs salarié et employeur.
Cette déréglementation, conjuguée à la faiblesse des syndicats dans les entreprises, pourrait porter atteinte à bien des conventions collectives et à la protection des salariés.
Les sujets de mécontentements ne manquent donc pas et les occasions de sanctionner les dérives de la politique actuelle sont bien réelles.
Déjà, les commentateurs annoncent une victoire probable de la Gauche. Argumentant qu’un retour de balancier permettrait à l’opposition de retrouver le chemin de la crédibilité et du pouvoir à
partir de ses conquêtes locales.
Cependant, l’enjeu n’est pas si simple pour la Gauche. Certes, une victoire aux municipales et aux cantonales, serait un signe d’encouragement pour tous ceux qui croient en une politique de
progrès et de justice sociale. Mais, loin d’être un aboutissement, elle devra être le début d’une véritable transformation de la Gauche.
Si la Gauche est victorieuse en mars prochain, elle devra profiter de la confiance que les Françaises et les Français auront placé en elle, pour résoudre les problèmes qui lui ont valu 3 défaites
présidentielles.
Tout d’abord, ses alliances. Avec qui la Gauche entend-elle gouverner ?
Il existe une Gauche de gouvernement, qui lorsque le peuple lui accorde sa confiance, assume ses responsabilités à la direction du pays. Cette Gauche qui rassemble Socialistes, Radicaux et
Républicains en est le socle. J’en exclue volontairement, et je l’espère temporairement, le Parti communiste qui se doit de trancher définitivement la question de savoir s’il est un parti de
gouvernement ou de contestation.
En effet, il y a une Gauche de contestation. Une Gauche, aux motivations honorables, mais au but plutôt flou. Mêlant des formes de syndicalisme percutant et des options politiques archaïques.
Cette Gauche n’entend pas gouverner. Elle n’en a pas les moyens idéologiques et électoraux. Elle se cantonne dans son rôle anticapitaliste. Ne cherchant même pas à modifier les règles et protéger
les victimes de l’idéologie du tout libéral.
Il n’y a donc pas d’alliance à rechercher avec cette partie de la Gauche.
Entre les 2 tours de l’élection présidentielle, s’est posée la question d’une alliance avec le MoDem de François Bayrou. Fort de ses 17 %, le candidat du « centre » apparaissait comme
l’arbitre de l’élection. La doctrine du nini, ni Droite, ni Gauche, a tourné court. Ses électeurs, issus pour une part de sa base démocrate-chrétienne et de l’autre, en provenance du
centre-gauche ou d’une gauche modérée, sont naturellement retournés, au second tour, dans leur famille d’origine, sans qu’aucune consigne ne leur ait été nécessaire. Le rêve d’une troisième voix
s’était évanoui et les troupes des élus centristes enfuies vers des ciels plus bleus.
Cette indécision n’a toujours pas été réglée au MoDem. Aujourd’hui encore, les centristes se veulent arbitres mais risquent d’être à nouveau de simples spectateurs. Ainsi, à Bordeaux, où ils
soutiennent la liste UMP d’Alain Juppé. Ou à un Paris, où le MoDem aurait une préférence pour Bertrand Delanoë. Dernier exemple, à Lyon, où pour sauver la présidence du Conseil général, ils se
sont débarrassés du trop peu sarkozyste Azouz Begag.
Quoiqu’il en soit, si la Gauche de gouvernement entend s’allier un jour avec le MoDem, celui-ci devra avoir profondément amender sa doctrine et cette alliance devra se faire, au grand jour, sur
une base programmatique claire et sérieuse.
Le deuxième point d’une éventuelle reconquête est l’établissement de ce programme.
La Gauche modérée doit définir qu’elle est sa claire conception de la société, de l’Europe, des relations sociales qu’elle veut proposer à la France. Lors de la dernière présidentielle, la
candidate du PS et le PS lui-même n’avaient pas le même programme. Le quinquennat fait que toute la politique française tourne autour de cette élection. Le programme de l’éventuel candidat de la
Gauche doit être celui de tous ceux qui le soutiennent.
J’en viens, alors, au dernier point, essentiel pour une victoire de la Gauche. Son union.
Il n’est pas nécessaire comme il est parfois préconisé par le parti Socialiste de créer un vaste ensemble intégré des partis de Gauche modérée. D’autant que les défaites successives ne sont pas
venus du manque de loyauté de ses alliés, mais principalement du mépris dans lequel, il les avait lui-même rejeté, ou bien, dans d’interminables querelles internes, où chacun se croyait meilleur
et plus légitime que son voisin ou voisine.
Non. L’union n’implique pas la création de ce vaste ensemble nébuleux. L’exemple de la Gauche seine & marnaise est une réponse plus adéquate.
Sur une base programmatique, la Gauche du 77, et notamment le PRG77, présidé par David Charpentier, a su prendre ses responsabilités et s’unir afin de faire face au danger que représenterait pour
les plus défavorisés des habitants de notre département, un retour de la Droite la plus libérale, emmenée par Mr Copé.
Cet accord, unique en France, doit servir d’exemple aux relations futures au sein de la Gauche modérée.
Les élections de mars prochain devront être le socle sur lequel la Gauche devra s’appuyer pour se reconstruire. Redevenir crédible et écoutée.
Ce travail de fond doit commencer sans plus tarder afin de répondre rapidement aux attentes des millions de Françaises et de Français qui chaque jour désespèrent de voir le pays sombrer dans la
crise et le « peopleisme ».
Christophe François