Gaston Monnerville, descendant d’esclave, est né à Cayenne, en Guyane, en 1897, qu’il quittera en 1912, ayant obtenu une bourse, pour Toulouse, pour y poursuivre ses études.
En 1918, il y deviendra avocat, avant de s’inscrire au barreau de Paris en 1921.
En 1932, puis en 1936, il sera confortablement élu et réélu député de Guyane, devenant entre temps maire de Cayenne, avant de devenir, dans les gouvernements Chautemps, sous-secrétaire d’état aux
colonies. Cette nomination d’un homme de couleur sera vivement critiquée dans les groupes d’extrême droite et dans les pays fascistes d’Europe. L’Allemagne et l’Italie accusant ainsi la France de
mener une politique indigène qui porte atteinte biologiquement à la race blanche en Europe en y implantant une race de couleur.
Parlementaire à la déclaration de guerre et non mobilisable selon la loi sur l’organisation de la Nation, il obtient cependant, du Président du Conseil, Edouard Daladier, l’autorisation de
s’engager. Ce qu’il fera dès le 7 septembre 1939.
Gaston Monnerville sera démobilisé le 17 juillet 1940 et ne pourra pas participer aux votes qui, en donnant le pouvoir au Maréchal Pétain, abattront la République.
De retour à la vie civile, Gaston Monnerville rejoindra l’ancien ministre de la Marine, César Campinchi, hostile à l’armistice, qui voulant continuer le combat en Afrique du nord, y fut arrêté
par les forces vichystes et mis en résidence surveillée à Marseille.
Ce sera sa première période de résistant, durant laquelle il protestera contre les mesures du gouvernement de collaboration visant les juifs, les arabes et les noirs.
En tant qu’avocat, il défendra systématiquement les personnes accusées de délit d’opinion ou emprisonnées à cause de leur origine raciale. Il sera souvent inquiété par la police et quelques fois
arrêté.
A l’invasion de la « zone libre », Gaston Monnerville rejoindra le maquis. Où sous le pseudonyme de Saint-Just, il deviendra commandant FFI.
A la libération, il siègera à l’Assemblée consultative provisoire. Le Gouvernement le chargera de préparer le statut de l’Outre-mer.
Il sera élu au Conseil de la République, futur Sénat, en 1946, en devenant Président en 1947.
Favorable au retour du Général de Gaulle au pouvoir, en 1958, il approuvera le projet de constitution instituant la 5eme République et notamment les articles établissant les prérogatives du
Sénat, en renforçant le caractère bicamériste du parlement.
Après avoir été Président du Conseil de la République, il deviendra Président du Sénat, mandat qu’il conservera jusqu’en 1968. Continuellement élu sénateur du Lot, depuis 1948.
Gaston Monnerville est un fervent partisan du parlementarisme. Et à ce titre, en 1962, il sera hostile à la modification de la constitution, qui instituera l’élection du Président de la
République au suffrage universel. Puis à celle de 1968, réformant le Sénat. Le référendum d’avril 1969 rejettera cette réforme et obligera le Général de Gaulle à quitter le pouvoir.
Ayant renoncé à son poste de Président du Sénat, en 1968, il continuera d’y siéger jusqu’en 1974.
En 1972, à la scission du Parti Radical, il rejoindra le Mouvement des Radicaux de Gauche, MRG.
En 1972, son successeur à la présidence du Sénat, Alain Poher, le nommera au Conseil Constitutionnel, pour un mandat de 9 ans.
Gaston Monnerville décèdera à l’age de 94 ans, après avoir été un grand défenseur des droits de l’Homme, du bicamérisme et un combattant de l’anti-racisme de toujours.
Christophe François.